Martyrs – Pascal Laugier

69. C’est le nombre de copies auquel a été distribué Martyrs, le film de Pascal Laugier. 16 ans, c’est l’âge minimum pour aller le voir. Et encore, la commission de classification avait d’abord opté pour une interdiction aux mineurs, ce qui aurait tué ce film, commercialement parlant. Dans ces conditions, une bonne chose qu’il soit visible, une bonne chose qu’il l’était près de chez moi, et une bonne chose que je ne l’ai pas loupé.

Annoncé comme une claque, poussant soi-disant l’horreur dans des limites jamais atteintes auparavant, qu’en est-il réellement ?

Avant d’aller plus loin, je préviens ceux qui n’auraient pas vu le film et qui souhaiteraient le voir que, bien que j’essaye au maximum de ne pas spoiler, il se peut qu’un ou deux éléments du texte ci-dessous donnent des indications sur le film. De plus, je ne saurais trop conseiller à ceux-ci d’aller voir le film vierges de tout préjugé/a priori/information quelle qu’elle soit. Sachez juste qu’il y a de l’horreur et que si vous ne supportez pas ça, pas la peine d’y aller. A part ça, oubliez même que c’est un film d’horreur.

Revenons à nos moutons.

Au sortir du cinéma, je ne savais pas quoi penser de ce film. M’avait-il plu ou non ? Était-il bon ou non ? J’avais besoin d’y réfléchir, d’y penser, et, je le savais, c’était le signe que quelque chose s’était passé.

L’erreur, je crois, serait de considérer Martyrs comme un simple film d’horreur. Ceux qui y vont parce qu’ils ont adoré Hostel ou la saga des Saw ou qui plus généralement se disent « ouais, trop cool, un film d’horreur gore, kikoolol » vont au-devant d’une certaine déception. Ce film n’a rien à voir. Il n’est pas fait pour être fun, et il n’est pas fait pour assouvir les penchants sadiques du spectateur.

C’est autre chose. C’est un film d’horreur dans la forme, mais ça va au-delà. Laugier a transcendé son genre. Il nous emporte ailleurs.

Alors oui, c’est extrême. Dans l’horreur, tout d’abord, mais aussi parce que Pascal Laugier amène son propos jusqu’au bout. Je ne parle pas de message, juste de propos.

Et ces tortures, ces sévices, ne pouvait-on pas s’en passer ? On peut certes se demander si ces scènes ne seraient pas qu’une volonté de montrer qu’on peut faire pire que ce qui a été fait avant au cinéma. Toujours plus. C’est sûrement en partie vrai, quelque part. Mais ce n’est pas là le principal. Car comment éluder cette violence au vu du sujet ? Comment la faire comprendre au spectateur ? Certains ont parlé de violence gratuite (par exemple, mes voisins de derrière, dans la salle de ciné :-)). Je ne crois pas. Ici, les instincts sadiques du spectateur ne sont pas flattés. On est mal à l’aise, on étouffe. Durant toute la première partie, à partir du moment où on est entré dans le vif du sujet, on n’aura aucun répit. On espèrera voir « la lumière du jour », mais on n’aura de pause que lors du premier rebondissement.

Ces scènes sont nombreuses, continues. Alors, trop c’est trop ? Encore une fois, dur à dire. Tous les bémols qu’on peut émettre durant le film s’évanouissent quand on considère le métrage dans son ensemble. Et il est difficile de décréter que tel passage était superflu ou qu’au contraire il était nécessaire sous cette forme pour nous amener jusqu’au bout et réussir pleinement le final transcendantal. Cette succession d’horreurs est-elle insoutenable ? A tel point qu’on ne prend plus plaisir et qu’on décroche ? Et alors ? On n’est pas là pour prendre du plaisir. On est mal à l’aise et c’est bien le but. Et certains vont décrocher, d’autres juste se détacher et s’interroger (surtout dans la partie consacrée à Anna). « Qu’est-ce qu’on nous montre ? » Se détacher sous le coup des horreurs subies… n’est-ce pas ce qui lui arrive finalement ?

Je pourrais déblatérer pendant des pages et des pages sur les différents aspects du métrage, mais vous avez pas que ça à foutre. Je ne parle pas du scénario, de la réalisation, des maquillages ou du jeu des acteurs. Je ne compte pas analyser brique par brique une œuvre que j’ai reçue d’un bloc. Je noterai juste particulièrement l’efficacité de la scène de petit déjeuner qui nous dresse le tableau d’une famille comme il faut ou presque, avant de mieux le détruire.

Martyrs marque une étape. C’est un grand bond. Non pas parce qu’il va plus loin, mais parce qu’il va ailleurs. Va-t-il faire école ? Que ce soit maintenant ou plus tard ? Je sens bien venir les copies encore plus horrifiques mais sans âme, malheureusement.

En fin de compte, Martyrs est une expérience. Elle n’est pas forcément plaisante, c’est pourquoi il m’était difficile de savoir si j’avais aimé le film. En tout cas, je peux dire que je ne regrette pas de l’avoir vécue. Difficile de dire que j’ai aimé ce film – le terme ne semble pas correspondre. Mais quand j’écris des tartines comme ça, c’est en général parce que j’ai été bouleversé.

Quant à Laugier, que peut-il faire après ça ? On n’attend pas qu’il aille plus loin, maintenant. On attend juste qu’il reste aussi intelligent.

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