Låt den rätte komma in – Tomas Alfredson

Figurant parmi les films les plus attendus cette année (en tout cas par moi), Låt den rätte komma in (alias Let the right one in en anglais, Morse en VF) est un film suédois du réalisateur tout aussi suédois Tomas Alfredson, scénarisé par John Ajvide Lindqvist d’après son propre livre.

J’ai pu assister hier soir à une avant-première (le film sort mercredi prochain) de cette « bête de festival » (bardée d’une vingtaine de prix différents, il me semble), et ce – incroyable ! – avant même le festival de Gérardmer qui a lieu en ce moment. Hahahahaha !

Le film raconte l’histoire d’Oskar, jeune garçon de douze ans, qui est le souffre-douleur de ses camarades d’école. Solitaire, il rêve parfois de vengeance (« Crie ! Crie comme une truie ! »). Un jour, de nouveaux voisins débarquent : un homme et une jeune fille. Celle-ci, Eli, a son âge et, bientôt, les deux enfants commencent à faire connaissance et à se lier d’amitié. Mais Eli n’est pas une fille comme les autres. Outre le fait qu’elle se démerde super bien en Rubik’s Cube (sans en avoir jamais fait auparavant), elle ne sort que la nuit… Oskar va bientôt s’en rendre compte, Eli est une vampire.

Le mythe du vampire en lui-même n’est pas à proprement parler revisité.  Le métrage reprend certaines caractéristiques bien connues des buveurs de sang, comme leur crainte de la lumière du soleil, ou la nécessité d’être invité pour passer un seuil… Cependant, quelques originalités sont tout de même de mise, tout du moins il me semble que c’en sont. Par exemple, l’aversion des chats pour les vampires. Et surtout, contrairement au mythe qui, si je ne m’abuse, dit qu’ils ne peuvent pas physiquement entrer dans un lieu sans qu’on les y ait autorisés, une scène particulièrement saisissante nous montre que c’est possible… non sans conséquences.

Ce qui fait la différence avec les autres œuvres du genre, c’est le traitement du sujet. Ici, pas d’action à outrance, de vampires dandys et autres figures imposées du genre. Tout est dans la simplicité, dans ce quotidien parfois cruel visité un beau jour (ou plutôt une belle nuit) par cet être chimérique. Tout est dans la subtilité (enfin, la plupart du temps). Le film est avant tout une histoire d’amour entre deux enfants. Bien sûr, l’horreur pointe parfois le bout de son nez, mais elle n’est jamais grandiloquente, souvent suggérée, et n’en est pas moins marquante, dans sa terrible simplicité. Et l’humour n’est jamais bien loin. C’est une histoire humaine avant tout. Le rythme est lent, un tantinet contemplatif. Le jeu des acteurs (les deux gamins en tête) est excellent, l’ambiance gelée de la Suède ajoute à l’atmosphère…

On pourra noter quelques imperfections, les rares fois où le métrage se laisse aller à trop de démonstratif, mais c’est le genre de films qui nous fait espérer que le cinéma (même de genre) a encore de belles choses à montrer (même si elles se parent parfois de violences) et de l’autre désespérer parce que je crains que ce film ne rencontre pas un gros succès, et parce qu’Hollywood prépare déjà le remake. C’est la mode en ce moment. Remaker des œuvres qui n’en ont pas besoin, qui ont déjà tout dit, au risque de leur retirer la substance qui en fait l’originalité (Martyrs serait sur les rails, également).

Allez le voir, même si vous n’aimez pas trop quand y a du sang qui goutte…

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4 Réponses to “Låt den rätte komma in – Tomas Alfredson”

  1. Frère Georges Says:

    Ah oui, le titre français était un peu pourri « Morse » (je croyais que c’était le « morse » du suédois « i morse », mais pas du tout).
    Très beau film, j’acquiesce abondamment.
    L’attaque des chats avait un petit côté cheap, si je puis ajouter quelque chose (enfin, celui qui attaque la jambe, surtout).
    Je note que tu fais fi de la pédophilie latente de la vampire, parce que, bon, c’est pas parce que t’as treize ans depuis longtemps que dans ta tête t’as pas un plus.

  2. Apparemment, le titre français fait référence, bien sûr, au code Morse, mais a aussi été choisi pour évoquer les morsures (morse/morsure)…
    Et moi je me dis que, qu’est-ce qui vit dans le froid et a les dents longues ? Un morse ! Ah non, c’était un vampire, flûte !
    Ça veut dire quoi, « i morse » en suédois ?
    A part ça, oui, c’est en effet troublant que cette gamine* qui a faussement treize ans se coltine avec des garçons de cet âge. Ça n’est pas vraiment évoqué par le film. J’y avais effectivement pensé. Mais elle semble quand même garder une âme de 13 ans, non ?

    (* SPOILER : ou gamin, puisqu’il semblerait qu’il s’agisse d’un garçon castré… mais ça ne change pas grand-chose à l’affaire)

  3. Frère Georges Says:

    Ah oui, le spoiler était furtif. Je ne savais pas bien ce que j’aurais dû voir, ça sentait le cautérisé.
    I morse, c’est ce matin, dans le septentrion.
    Par ailleurs, j’ignorais que la phrase qui sert de titre en suédois et en anglais faisait directement référence à la mythologie vampire, j’ai des lacunes.

  4. Concernant le spoiler, c’est apparemment sans équivoque dans le bouquin. Je trouve que dans le cadre du film ça n’a pas trop d’intérêt.

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