Sauvagerie – J. G. Ballard

J’avais abordé Ballard par son versant le plus abrupt, le plus escarpé : La Foire aux atrocités (édité par Tristram), un roman/recueil/truc expérimental illisible et pourtant rempli d’images évocatrices. J’étais tout de même parvenu à le finir, y gagnant quelques bribes de satisfactions au milieu d’un désert de souffrances. Ce n’était clairement pas une entrée en matière idéale dans l’œuvre de cet écrivain renommé.

J’hésitais donc à poursuivre plus avant la découverte de l’auteur. Pourtant, les thématiques de ses livres m’interpellaient. Mais la peur de me retrouver à nouveau face à une prose imbittable me retenait quelque peu. J’ai donc opté pour ce Sauvagerie, novella ayant bonne presse et n’excédant pas les 120 pages (toujours chez Tristram). Si je devais souffrir, le calvaire ne durerait guère longtemps.

L’histoire est la suivante : Pangbourne Village est une de ces zones résidentielles pour riches (financiers, banquiers, célébrités du sport ou du spectacle, psychiatres, etc.), comportant une quinzaine d’habitations, le tout clos d’une enceinte et surveillé en permanence par une équipe de vigiles et une caméra (dont les images sont retransmises dans le poste de garde mais également dans chaque foyer). L’endroit ressemble à un petit bout de paradis sur mesure, vivant quasiment en autarcie. Aucune imperfection ne saurait y trouver sa place définitivement. Les parents sont extrêmement compréhensifs et entourent leurs progénitures d’attentions et d’encouragements dans leurs activités, leur offrant une vie idyllique.

Pourtant, un beau matin, les parents, les gardes et le personnel de maison présent (i.e. tous les adultes) vont êtres massacrés, sans exception, et les treize enfants vont être kidnappés. Qui a commis ces meurtres ? Qui a enlevé les enfants ? Deux mois après les événements, la police piétine et fait appel au psychiatre Richard Greville pour bénéficier d’un regard neuf sur la tragédie.

Toutes les théories avaient été envisagées (terroristes, psychopathes, SAS parachutés au mauvais endroit, etc.), jusqu’aux plus absurdes. Mais la vérité, que Greville va découvrir avec l’aide d’un policier, est certainement trop inacceptable pour que les autorités se rangent à l’avis du psychiatre.

Bien sûr, le lecteur devine assez vite ce qui s’est passé. Mais ce qui intéresse Ballard, ce n’est pas tant l’identité du(des) assassin(s)/kidnappeur(s) que les mécanismes et les raisons de la tuerie. Voilà le propos du livre. Dans une société policée, surveillée, très civilisée (comme le dit l’inspecteur Payne), qu’est-ce qui peut bien pousser à un tel massacre ? Publié en 1988, Sauvagerie est à peine une anticipation, très présente, très actuelle, même aujourd’hui et même de ce côté-ci de la Manche.

En ce qui concerne la forme, le style est froid, clinique, comme l’était celui de La Foire aux atrocités. J’ai eu un peu peur de subir à nouveau le martyre, mais en réalité cela crée une ambiance particulière, analytique et, au final, qui me plaît bien. Certaines scènes, décrites sous cet angle, n’en sont que plus terrifiantes. Sauvagerie est un très bon livre et une excellente porte d’entrée dans l’univers ballardien, dans lequel je retournerai certainement à l’avenir.

J. G. Ballard
Sauvagerie
[VO: Running Wild ; trad. Robert Louit]
éd. Tristram

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2 Réponses to “Sauvagerie – J. G. Ballard”

  1. Ah, c’est malin ! Tu dis du mal de « La Foire aux atrocités », et voilà : Ballard se vexe et s’en va.

  2. Et ça me vexe en retour. Au moment où je m’intéresse à l’auteur, il se casse. Bah ! ça ne m’empêchera certainement pas de visiter le reste de son œuvre.

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