Borderline n°13

Houlà ! Ça va bientôt faire un mois que le Borderline nouveau est sorti, et je n’en ai toujours pas parlé.

Ce numéro 13 est un peu spécial. Il est dédié à une mouvance littéraire encore peu connue par chez nous : le Bizarro. Qu’est-ce que c’est que le Bizarro ? Eh bien, le mieux est encore de lire l’édito, signé Maxime Le Dain :

Alors c’est quoi ton truc, là, le Bizarro ?
Le Bizarro, c’est une chèvre en talons aiguille qui murmure ton nom dans un cabinet de dentiste à trois heures du matin, c’est une femme qui accouche d’une statue d’onyx, la poésie gluante d’une armée de rats, le sourire édenté d’un vieil aveugle et les rouages grinçants du monde-machine.
Le Bizarro, c’est un frénétique groupe d’auteurs américains, trois maisons d’édition : Eraserhead Press, Raw Dog Screaming Press et Afterbirth Books, c’est un site :  http://www.bizarrocentral.com, c’est une collision d’influences, le crépitement de neurones malades, c’est Bill Lee au Pays des Merveilles, Alice en Interzone, Joseph K. dans un château de viande, Maldoror sauce manga et les 144 072 mouches à merde de l’Apocalypse butinant le cadavre décharné de Casimir. C’est Takeshi Miike crevant les yeux d’Herzog, c’est Svankmajer version grindcore, un porno signé David Lynch, c’est voir le monde à l’envers, ne plus le voir du tout.
C’est, au bout du compte, la définition qu’on veut bien lui donner :
« 1. Le Bizarro est, pour faire simple, le genre de l’étrange.
2. Le Bizarro est l’équivalent littéraire de la section culte du vidéoclub.
3. Comme les films culte, le Bizarro est parfois surréaliste, parfois maladroit, parfois sanglant et parfois complètement pornographique.
4. Le Bizarro contient une certaine logique cartoon qui, une fois appliquée au monde réel, crée un univers instable où le bizarre devient la norme et où toutes les aberrations prennent forme.
5. Le Bizarro aspire à être non seulement étrange, mais aussi fascinant, stimulant et, par-dessus tout, divertissant. » (« Defining Bizarro », in Bizarro Starter Kit)
En fait, le Bizarro, c’est peut-être tout simplement la liberté de faire n’importe quoi ?
Ah ouais d’accord, laisse tomber. Putain de taré.

Voilà. Tout est dit. Rien n’est dit.

Une fois n’est pas coutume, ce numéro ne donne que peu la parole aux auteurs francophones amateurs, puisque le but est ici de découvrir ce genre étrange. Et force est de constater que le Bizarro… c’est vraiment bizarre. On se demande où les textes veulent en venir. Ils accumulent de l’absurde… et on a quelquefois l’impression que tout ça est facile, gratuit.

Pourtant, on distingue parfois une trame, ou bien la fin semble lier le tout. Mais c’est pour le moins déstabilisant. Typiquement, « Là où je vais mourir » semble être complètement gratuite. D’autres font plus sens : « La Ligue des Zéros » (sur le besoin de renommée), « Les pluies s’arrêteront », « La Chambre perplexe »…

On a affaire à de l’imagination véritablement débordante, cancéreuse, qui pullule, passe fluidement du coq à l’âne, pour finalement arriver au congélo et nous laisser en plan à poil au milieu de nulle part.

Relisez l’édito. C’est une mise en garde. Voilà ce que vous allez trouver, mais ça, vous ne le comprendrez qu’après avoir lu le numéro.

J’étais parfois perplexe à la lecture de certains textes. Et pourtant… maintenant digéré, je dois avouer que le genre a indéniablement ses attraits, et je ne dis pas que mon œil ou ma plume n’iront pas s’y frotter à l’avenir.

Quoi qu’il en soit, vous devez lire ce Borderline. Qu’au final vous adoriez ou vomissiez le Bizarro, il vous faut au moins savoir de quoi il retourne. Ce numéro a le mérite de nous faire découvrir la chose, et en ça il devait exister.

Voici les nouvelles au sommaire, dont tous les auteurs ne sont pas affiliés au mouvement, mais dont les textes ici présent s’intègrent parfaitement à l’ensemble :

Michael A. ARNZEN : Au Vachement d’Café (trad. Jérôme Charlet)
Jeremy C. SHIPP : Scratch (à partir de rien) (trad. Thomas Bauduret)
Interview : Kealan P. BURKE, par Lionel Bénard
Carlos GARDINI : Les pluies s’arrêteront (trad. Jacques Fuentealba)
Kevin L. DONIHE : Plongé dans une nuit sans fin (trad. Maxime Le Dain)
Jeremy R. JOHNSON : La Ligue des Zéros (trad. Maxime Le Dain)
Andersen PRUNTY : Là où je vais mourir (trad. Maxime Le Dain)
Maxime LE DAIN : La chambre perplexe

On en profitera pour signaler qu’un recueil de courtes nouvelles (pas du Bizarro, en l’occurrence) de Michael A. Arnzen, Skull Fragments, est paru chez Les Perséides, dans une version bilingue traduite par Jérôme Charlet.

Et la présence du très bon texte de Carlos Gardini au sommaire me fait dire que, alors qu’on commence à s’esbaudir sur le cinéma fantastique ibérique, il serait grand temps que les écrivains espagnols de fantastique soient traduits en France. La qualité est au rendez-vous.

Publicités

4 Réponses to “Borderline n°13”

  1. Arf, en lisant ton article je me dis c’est une déclaration d’amour ou quoi ? :D Genre amour un peu vache (qui parle d’Au vach’ment de café, là ?), amour qui tache et qui fâche, mais amour en fin de compte !

  2. Haha ! Peut-être. L’avenir nous le dira. En tout cas, un numéro indispensable pour édifier les foules.

  3. Tiens, en parlant d’amour : féloches tout plein pour ta parution prochaine chez GdE !!!

  4. Fichtre alors ! Je n’ai pas été prévenu qu’un nouveau commentaire m’attendait. Peut-être le mail est-il tombé dans la boîte à spams…
    Ben merci. J’attends maintenant d’être descendu par la critique…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :